18.03 > 27.03.2021 | Le double et son réel – Exposition ARC/ARTS2 – Mons + Charleroi

La première année des ARC – Ateliers de Recherche et Création à l’école des arts visuels de Mons ARTS2 se conclut en mode exposition pluridisciplinaire avec les projets d’une soixantaine d’étudiants de master présentés dans les espaces d’ARTS2 à Mons (Carré des Arts) et Charleroi (35 Quai Rimbaud). La thématique choisie pour cette première expérience fructueuse est celle de la copie (et partant de là, le simulacre, la reprise, le plagiat, l’avatar…) qui fait écho tant aux développements technologiques que sociétaux ou artistico-culturelles.

Avec le « Double et son réel » (titre qui rend hommage à l’essai « Le réel et son double » du philosophe Clément Rosset) placé sous le commissariat de Philippe Franck (professeur à ARTS2, créateur sonore et directeur de Transcultures) et Djos Janssens (plasticien, également professeur à ARTS2), l’exposition devient un grand laboratoire vivant et ouvert, permettant de présenter les travaux mais aussi les recherches et les enjeux des 6 ARC la création sonore (coordonné par Julien Poidevin et Philippe Franck), l’image multiple (Nicolas Grimaud et Wendy Toussaint-Libermann), le livre d’artiste (Didier Decoux et Drita Kotaji avec Julia-Caroline Wolewinski), l’installation dans l’espace (Djos Janssens et Yoann Van Parys), l’art numérique (Jérôme Decock et Yves Bernard), la création pluridisciplinaire (Alain Bornain et Robin Legge).

Les commissaires artistiques, en accord avec les coordinateurs des ARC, ont privilégié les divers modes d’échange, de dialogue, les correspondances mais aussi les interférences entre les projets mêlant les différentes disciplines et les modules de l’ARC à Mons et à Charleroi. Une brochure-guide du visiteur résumant les enjeux des ARC et de leurs étudiants sera également édité.

Cette « expo démo » épouse la démarche processuelle qui est aussi celle des ARC, étant envisagée elle-même comme un « work in progress » où les projets ont la possibilité d’évoluer au cours d’une manifestation sans vernissage mais avec un finissage performatif à Charleroi :  l’hymne carolo revisité sans complexe par le tandem Norbert Colson, la boulangère audio aliéné incarné, dans No pain no gain, par Marie Constant et Anton Hasler sur les traces – picturales – de Robinson Crusoé.

35 QUAI RIMBAUD - CHARLEROI

REZ-DE-CHAUSSÉE

  • Sheima Ben Nasr (Création sonore)
  • Léa Decock (Recherches spatiales)
  • Margot Delhaye (Pluridisciplinaire)
  • Marie Tilman (Création sonore)
  • Raphaelle Meic Ilic (Pluridisciplinaire)
  • Antoine Ramot (Image multiple)
  • Elena Tenero (Pluridisciplinaire)
  • Tatiana Héron (Image multiple)
  • Sarah Huybrechts (Art numérique)
  • Laetitia Van Campenhout (Pluridisciplinaire)
  • Jordan Natola (Pluridisciplinaire)
  • Maëlys Pietquin (Pluridisciplinaire)
  • Luc Délincé (Pluridisciplinaire)
  • Marie-Line Livornese (Pluridisciplinaire)

CAVE

  • Anton Hasler (Image multiple)
  • Mehdi Fadlaoui (Recherches spatiales)
  • Jessie Manica (Création sonore)

PREMIER ÉTAGE

  • Ayoub Sebbar (Recherches spatiales)
  • Inès Bruyère (Recherches spatiales)
  • Louise Lievens (Art numérique)
  • Thomas Istasse (Pluridisciplinaire)
  • Mehdi Fadlaoui (Recherches spatiales)
  • Thibaut Drouillon (Art numérique)
  • Inès Loez (Image multiple)
  • Coralie Mallinus (Création sonore)

CARRÉ DES ARTS - MONS

GALERIE 1

  • Gladys Siddi (Image multiple)
  • Lola Folisi (Recherches spatiales)
  • Madeline Van Hecke (Image multiple)
  • Florian Van de Weyer (Pluridisciplinaire)
  • Sarah Huybrechts (Art numérique)
  • Jérôme Boulanger (Image multiple)
  • Igor Adamskiy (Livre d’artiste)
  • Lamia Boughroudi (Livre d’artiste)
  • Quentin Hornez (Image multiple)
  • Brunehault Huysentruyt (Livre d’artiste)
  • Juliette Karlsson (Livre d’artiste)
  • Florian Lebrun (Livre d’artiste)
  • Ernst Neufert (Livre d’artiste)
  • Marie Lefèvre (Livre d’artiste)
  • Maxime Mabille (Livre d’artiste)
  • Mathilde Maque (Livre d’artiste)
  • Estelle Mommens (Livre d’artiste)

GALERIE 2

  • Léa Balboni (Pluridisciplinaire)
  • Laura Dupont (Pluridisciplinaire)
  • Élodie Dufrasne (Création sonore)
  • Norbert Colson (Pluridisciplinaire)
  • Léa Decock (Recherches spatiales)
  • Ayoub Sebbar (Recherches spatiales)
  • Tristan Dubois (Image multiple)
  • Mehdi Fadlaoui (Recherches spatiales)
  • Laure-Anne Carrera (Image multiple)

AUDITORIUM

  • Clémence Hautcoeur (Art numérique)

COUR

  • Ismaël Cabelo Salcedo (Création sonore)
    Aurélie Jamart (Création sonore)

Performances 25.03.2021 | 17:30 + 18.30

Norbert Colson | Marie Bertrand

En quasi cloture de l’expo-démo Le double et son réel, sont proposées 2 courtes créations décapantes proposées par des étudiants de l’ARC d’Arts2 sur le thème de la copie.

Norbert Colson – Ode à Alain
Ce jeune duo repéré dans le festival City Sonic 2020 manie l’humour et la parodie comme instruments tonifiants propose une version impro déjantée de l’hymne de Charleroi ici dédié à leur professeur-responsable de l’ARC Pluridisciplinaire, Alain Bornain.

Norbert Colson, duo composé de Cédric Norbert (Be) + Arthur Colson (Be), n’est pas un homme mais une association de deux camarades de l’école des arts visuels de Mons ARTS² qui aiment l’art, l’humour et le mensonge. Ils développent une pratique pluridisciplinaire, matérialisant leur regard sur l’art et ses consommateurs.L’un vient de Belgique et a été bercé par Le petit prince de Saint-Exupéry, l’autre vient de France et a été bercé par la rue et Zinedine Zidane.

Marie Bertrand – No pain no gain

Dans cette performance pointe, Marie Bertrand (ARC Création sonore) met en scène et en son le côté aliénant du travail par la répétition des gestes et des phrases.

« Ce constat vient de ma propre expérience en tant que vendeuse en boulangerie. Lorsque je vais travailler, je répète tout le temps la même chose sur le même ton, et ce à longueur de journée. Il m’arrive à la fin de la journée de vouloir répondre “ Avec ceci ?” à des questions comme “ Comment vas-tu ? “. C’est ce moment précis qui m’intéresse, celui du bug”.

Dans ce  solo oscillant entre tension et parodie, Marie reprend les gestes de son job pour couper des pains à la trancheuse et à les recoudre, dans un premier temps pour reconstituer le pain et par la suite de manière chaotique. Elle utilise plusieurs micros, des pédales d’effets et des sons pré enregistrés dans la boulangerie où elle travaille régulièrement.

Extraits du catalogue

ARC, première ! - par Philippe Ernotte

On a choisi d’appeler ça un ARC – pour Atelier de recherche et de création. En France, l’appellation est d’usage depuis longtemps dans le cursus des étudiants de master des écoles supérieures des arts. Chez nous, en Wallonie-Bruxelles, c’est une première.

Arc, ça sonne bien. Et ça dit bien ce que ça peut vouloir dire.
Depuis la Grèce antique, c’est tout un programme, Ulysse et le dénoue- ment de son odyssée. Ça oscille entre le sport, l’instrument de chasse et l’arme de guerre. Ça se tend, ça se détend, ça se retend.
Il peut être mauresque ou byzantin, outrepassé ou surbaissé, conducteur ou excitateur… ou, immodestement, triomphal.

C’est la toute première année que l’ARC est organisé à ARTS2. Il concerne tous les étudiants de master de nos options, mais en levant les barrières existantes puisque les étudiants des diverses options s’y côtoient. L’ARC repose sur deux piliers : la recherche et la création, l’un n’allant pas sans l’autre.

On a organisé notre ARC en six modules, chacun orienté vers une discipline artistique particulière : le son, l’image multiple, l’installation, l’art numérique, le livre d’artiste, le pluridisciplinaire. Chaque module est animé par un artiste reconnu et est soutenu par un historien de l’art ou un autre professeur de cours général pour y développer une méthodologie de la recherche. Au final, chaque module repose sur un tandem pédagogique :

Julien Poidevin et Philippe Franck pour la création sonore,
Nicolas Grimaud et Wendy Toussaint-Liebermann pour l’image multiple, Didier Decoux et Drita Kotaji pour le livre d’artiste (avec Caroline Wolewinski),
Djos Janssens et Yoann Van Parys pour l’installation dans l’espace, Jérôme Decock et Yves Bernard pour l’art numérique,
Alain Bornain et Robin Legge pour la création pluridisciplinaire.

La principale caractéristique de l’ARC est qu’une thématique unique parcourt l’ensemble des modules. Le thème choisi cette année par les artistes-enseignants a été : COPIER. Quel beau thème que celui-là ! De la duplication mécanique au plagiat artistique ou à la transmission pédagogique, ce thème de la copie, autorisée ou non, est au principe même des mécanismes de production/reproduction de notre société, souvent à sa périphérie, parfois en son centre.

Le contexte si particulier de pandémie de coronavirus dans lequel s’est déroulé ce premier ARC n’a pas diminué l’ardeur de nos étudiants, même si, pour certains, elle a pu compliquer la concrétisation de leurs projets. Vous verrez malgré tout dans l’exposition une bonne partie des créations des étudiants et de leurs recherches.

On remerciera particulièrement les deux commissaires de cette « expo démo », Philippe Franck et Djos Janssens, qui ont eu la charge délicate de mettre en visibilité une cinquantaine de projets réalisés par les étudiants. On remercie aussi les régisseuses Helga Dejaegher (Transcultures/ Pépinières européennes de Création, partenaires de la manifestation) et Sophie Ferro (ARTS2) qui ont permis que cette exposition de l’ARC 2021 se déroule à la fois sur le site du Carré des arts à Mons, dans notre galerie, et à Charleroi, dans la résidence d’artiste que notre école supé- rieure des arts a ouvert cette année, et dont l’adresse emblématique a fourni le nom : « Le 35 quai Rimbaud ».

Philippe Ernotte,
directeur des arts visuels à ARTS2

Le double et son réel - par Philippe Franck

« Le simulacre n’est jamais ce qui cache la vérité – c’est la vérité qui cache qu’il n’y en a pas. Le simulacre est vrai. »
Jean Baudrillard

Dans ses Confessions, Saint-Augustin se fustige d’avoir été dupé par les représentations de Dieu (forcément invisible) et s’interrogeait – déjà – sur les relations à établir entre imago, similitudo et aequalitas pour finalement statuer que l’image entraîne la ressemblance et non l’égalité car il y manque bien des éléments qui sont le propre de l’objet qu’elle a copié. Quant aux « phantasma », ce sont pour le philosophe platonicien pêcheur, des images d’image.

Plus de seize siècles plus tard, Clément Rosset souligne dans Le Réel et son double (titre que nous lui empruntons pour cette manifestation en l’inversant, en forme d’hommage souriant) le paradoxe de la notion de double (ou selon lui, le refus de l’unique) qui implique d’être à la fois elle-même et l’autre.

Jean Baudrillard distingue dans les différentes formes de simulation, celle – actuelle (après la contrefaçon et la simulation productiviste où l’original était encore identifiable) – du simulacre qui n’avait plus de référent nous plongeant dans la disparition du réel. Dans cette ère qu’il qualifiait d’ « hyper réelle », est définitivement entérinée l’abolition de la distance entre la réalité et la fiction, l’actualisé et le virtualisé.

Dans un univers régi par la simulation, le réel ne serait plus qu’une utopie/nostalgie, celle de l’origine perdue/inconnue.

Et si nous avions pris le problème à l’envers, par l’endroit du sacro-saint réel. Et si le double, plutôt que la supprimer, nous révélait, en lui tendant un miroir de plus en plus précis, notre réalité dans toute son hybridité, son ambiguïté et sa multiplicité contemporaine.

C’est cette quête qui nous a animés dans le processus mixte de l’ARC – chacun partant d’angles et de pratiques différents mais sans doute, au final, complémentaires, et c’est dans cette perspective que nous avons pris le parti pris de la mise en résonance, sur les deux sites d’exposition (Mons et Charleroi) investis simultanément, des réalisations mais aussi des réflexions des étudiants (qui nous ouvrent leurs cahiers de recherche) des six ARC, et ce dans une transversalité affirmée.

Cette « expo démo », sans événement d’ouverture mais avec un finissage performatif et ouvert vers d’autres possibles, est aussi en mouvement avec la possibilité intégrée que certains projets se développent au cours de celle-ci et suscitent d’autres mises en relation.

Dans ce même élan rhizomique, nous avons étendu la thématique choisie de la copie (du latin copia signifiant abondance) pour cette première année de l’ARC à ARTS2 aux notions périphériques du double, de l’imitation, de la reprise, du plagiat, du simulacre ou encore de l’avatar, pour mieux l’interroger à la lumière de nos singularités plurielles et leurs multi/iner/trans modes de re/présentation.

Philippe Franck,
Commissaire artistique

La simplicité est la complexité résolue, Constantin Brancusi - par Djos Janssens

La simplicité est la complexité résolue (Constantin Brancusi) - par Djos Janssens

Une première édition est toujours un moment très intense où cohabitent palpitations de joies et de stress. Il peut augmenter quand vous avez comme, dans le cas présent, un nombre important d’étudiants et donc, de travaux à gérer. Dès lors, présenter le fruit des recherches des modules de l’ARC est synonyme de montrer tous les travaux effectués en mode labo puisque issus de recherches. Certaines ont donné naissance à des travaux finalisés tandis que d’autres sont toujours en cours et se concrétiseront ou pas ultérieurement.

C’est ici la chaîne de conception-production de la création plastique, sonore, numérique, graphique et interdisciplinaire, dans sa complexité et ses para- doxes, entre l’idée, l’esquisse et sa matérialisation qui est donnée à voir. Alors que le stade du dessin, de la note d’intention peuvent être autonomes, cela est moins évident pour sa phase existentielle « hors papier » et le choix du médium et son intégration dans l’espace dépendant de différents paramètres fait aussi ici partie de cette exercice de monstration – en conditions réelles et professionnelles – particulier.

Nous avons choisi de faire des deux espaces d’exposition d’ARTS2 (les gale- ries du Carré des arts à Mons, le rez-de-chaussée et le premier étage du 35 quai Rimbaud à Charleroi), un grand laboratoire temporaire, vivant et ouvert, permettant de présenter un maximum de travaux à différentes étapes de leur création. Nous avons privilégié les échanges, les dialogues, les interférences entre toutes les disciplines des modules de l’ARC et par conséquent les projets des étudiants qui en sont issus.

Dans une exposition artistique, il est rare que le public ait accès à ces recherches, et certainement pas à tous les stades de celles-ci. Cette option dynamique que l’on retrouve dans les deux lieux ici investis, est à nos yeux, celle qui nous a semblé la plus en concordance avec l’approche tant proces- suel que créative de l’ARC.

Djos Janssens,
commissaire artistique

Extraits du catalogue

Arts Numériques - Entropie de la copie - par Jérôme Decock

Si l’acte de copier est inhérent au médium numérique, il se décline en de nombreuses formes. Les machines numériques, conçues à partir des principes de la théorie de l’information, tendent à maximiser le rapport signal / bruit, de manière à éviter toute erreur dans la transmission, le stockage et la duplication des données, ce que Claude Shannon nommera, par les similitudes que le concept présente avec le domaine de la Physique, l’entropie de l’information. Régi par cette vision d’unification et de réduction de toute information en séquence binaire et d’une « copie » en tout point identique à un « original », le médium numérique a mis en place des processus d’itération, de combinatoire, de transcodage… le concept d’original semblant être rendu obsolète, la libre circulation et duplication de l’information étant une vertu, Internet ne faisant qu’accélérer la marche vers ce nouveau paradigme. Mais il semblait toujours curieux, alors même que chaque chose qui habite notre quotidien devient en partie numérique, que le concept d’original unique ne se retrouve pas à son tour digéré, transformé et réécrit par un médium dont la versatilité ne semble pas connaître de limite. C’est désormais, et très récemment, chose faite, le « NFT Art » (Non Fungible Token) marche sur les traces du Bitcoin et du protocole qui le supporte, à savoir le Blockchain, recyclant le certificat de propriété en certificat d’authenticité, garantissant l’unicité et donc la valeur commerciale et artistique, d’œuvres qui n’ont d’autre existence que celle de signaux électriques volatiles, abandonnant toute matérialité sans en adopter les « inconvénients ».

L’ARC art numérique s’est penché sur ces grands principes du médium numérique. Afin de construire une approche artistique, les étudiants ont mené des recherches autant sur la technique, que sur l’impact social ou sur les multiples anecdotes qui peuplent son histoire, histoire qui a beau être déjà longue et mouvementée, s’écrit encore alors que j’écris ces lignes. Que ce soit à travers l’itération et les altérations que supposent un jeu de transmission et de transformations d’informations numériques dans le monde sensible (et analogique), à travers la gestuelle qui sert de fil conducteur entre différents médiums et de principe alliant mouvement et regard au sein d’un robot, à travers une composition du plan, de sa duplication et de sa combinatoire, ou une copie manifeste évoquant la zone grise entre respect des droits d’auteur et droit de citation, toutes les recherches présentées s’inscrivent dans une matière à penser, qui ne cesse de faire polémique, suscitant des questionnements qui ouvrent une démarche artistique et dont se sont fortement inspirés les quelques pièces et prototypes qui se sont matérialisés.

Je crains fort qu’il ne s’agisse pour ces jeunes artistes non pas de la fin mais du début d’une aventure dans une société qui évolue, sans l’ombre d’un doute, vers un avenir encore plus numérique.

Création Sonore, copier-remixer-détourner - par Philippe Franck et Julien Poidevin

Création Sonore - Copier-remixer-détourner - par Philippe Franck et Julien Poidevin

“Make a miracle, pump the lyrical,… check it out (yeah, y’all come on!), here we go again, turn it up, bring the noise”
Public Enemy – Bring the Noise (remix)

Depuis l’invention du phonographe par Thomas Edison en 1877, il est possible de fixer le son sur support, de le copier, le reproduire. Cette invention technique a été une véritable révolution qui a complètement bouleversé notre rapport à l’écoute, mais aussi plus largement au phénomène sonore. De la reproduction des sons de la nature aux copies pirate de CD, du MP3 à la synthèse vocale en passant par le sampling et les techniques de remix, ces pratiques ont dilué la frontière entre la notion d’original et de copie.

Dans cet atelier de recherche et de création, nous nous sommes intéressés au statut de l’auteur, à la notion de détournement, de revisitation et autres formes de réappropriation via les pratiques et technologies de création sonore, à la singularité du médium sonore, à l’importance du sampling dans l’émergence de genres musicaux, à la notion d’originalité, aux formes de réappropriations créatives prônées par le copyleft et au deepfake comme arme d’illusion massive.

Les étudiants (dont certains qui n’avaient jamais ou peu travailler avec des outils audio numériques, s’en sont vite emparés) se sont se réappropriés la thématique de la copie (à différents degrés de forme mais aussi de fond, et ce jusqu’au plagiat musical) en choisissant des axes de recherche en lien avec leur préoccupation.

Dans le cadre de l’exposition qui conclut ce « work in progess », sont proposés des créations sonores qui traitent de sujets sociétaux tels que l’aliénation par la répétition des gestes du quotidien ou du travail, la ritournelle comme bruit de fond dans les médias et le discours politique des grands de notre monde viral, la sauvegarde de la mémoire et ses supports d’inscription, la frontière entre l’hommage et le plagiat, le mimétisme comme mode de construction social chez l’adolescent, le simulacre de la voix humaine dans les assistants vocaux et le marché de l’attention, le phénomène d’écho comme révélateur d’espaces urbains ou encore celui de la question de la traduction et sa possible altération du sens.

Cette pluralité d’approches et de questionnements chez les étudiants nous révèle à quel point la question de la copie hante nos réalités multipliées et l’écoute que nous leur prêtons.