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23.06 > 08.09.2019 | Media Memories @ ARTour 2019 – La Louvière

23.06 > 08.09.2019 | Media Memories @ ARTour 2019 – La Louvière

For its twelfth edition to be held this summer, the biennale of contemporary art and heritage ARTour has chosen the theme ‘From one time to another’ From La Louvière to Soignies (Belgium), works are created for the occasion or integrated in a new context to invite dialogue between past and present.

In this context, Transcultures presents ‘Media Memories » at Château Gilson, a selection of installations that give new life to the now obsolete media (audio cassettes, tape recorders, electronic devices, computer components …) by re-enchanting them through devices. playful, generative, interactive…
From these inventive devices, there emerges a certain poetry, an art of diversion that questions the programmed obsolescence of our digital prostheses to the ephemeral innovative novelty, but also more widely the culture of the dominant media and technological progress, while celebrating the clean aesthetic of these old rebel machines that give us here a little of their precious memory reinvigorated.

Maïa Blondeau (French student at the visual arts school of Mons Arts2) presents the latest state of her ‘Ghetto Lab’, a sound sculpture designed with old recovered computer / electronic machines; Colin Ponthot (Fr/Be) re-invents his impressive ‘Monster Happy Tapes’ inviting the visitor to grab heads of reading to revive found audio tapes; Helga Dejaegher (Be) creates from an old audio cassette an abstract AV ‘Magnetic Landscape’ (‘Libertine’ from the title of the French pop song initially on the tape) while Valkiri (Fr) offers a break in the deck chairs at the edge of his ‘Mermedia’, a soothing environment from the ebb and flow of old electronic toys, radios and cassette players.

Editorial by Philippe Franck, Transcultures director (in french)

Media Memories – D’un media à l’autre

Quand Eric Claus nous a dévoilé la thématique – « D’un temps à l’autre » – de cette édition 2019 de la biennale ARTour, celle-ci a appelé d’emblée, dans la sphère de nos transversalités arts/technologies, la paraphrase « d’un média à l’autre » en soulevant une série d’interrogations : qu’est-ce qui s’opère quand un média apparaît puis quand le « nouveau » devenu « vieux » disparaît ? La perte de sa valeur d’usage le condamne-t-il instantanément à l’oubli ? Certes, comme le disait Marshall McLuhan, les anciens médias sont ingurgités dans les nouveaux mais ne disparaissent pas totalement pour autant (la parole dans l’écriture, le théâtre et la photographie dans le cinéma, le cinéma dans la télévision,…) et sont même, en tout ou en partie, redynamisés (ainsi la web radio ou la web TV prolongent-ils à la fois ces « médias de masse » en leur ouvrant d’autres possibles) par cette hybridation/augmentation. Pour l’auteur de Comprendre les médias – et contrairement à la rhétorique habituelle du techno marketing et au diktat de l’obsolescence programmée, « l’obsolescence n’a jamais signifié la fin de quelque chose, c’est juste le commencement »[1].

Selon le visionnaire du « village global », les médias sont des extensions de nous-mêmes, de nos sens et de notre système nerveux. Ils sont aussi porteurs d’imaginaires. En effet, ces « milieux ne sont pas des contenants passifs, mais des processus actifs »[2]. Les artistes l’ont bien compris et se sont saisis, de manière exploratoire, des nouveaux médias de leur temps. Pas de musique concrète sans l’enregistreur à bande magnétique, pas d’explosion du video art sans la caméra portapak Sony, pas d’art numérique sans l’ordinateur individuel enfin accessible à tous…L’art du détournement est aussi technologique. Les médias électroniques, proto numériques, numériques et aujourd’hui post numériques ont une histoire qui est aussi une (contre) culture.

Depuis quelques années, l’archéologie des médias s’affirme comme un nouveau champ de recherche non pas nostalgique des « vieilles machines » mais désireux de comprendre, dans une temporalité élargie et une approche transversale, tant l’obsolescence que l’émergence des médias, leur logique, leur environnement ainsi que leurs relations avec leurs utilisateurs[3]. L ‘archéologie des médias nous semble d’autant plus nécessaire en ce qu’elle s’intéresse aux cultures des médias « dans ce qu’elles ont d’anormal, dans ce qui échappe au mainstream »[4]  et dans cette perspective, au bruit, à l’accident, à l’anomalie …finalement cette part humaine trop humaine de la machine dont les failles nous en disent long sur le système qui les conçoit et une technologie de plus en plus « fermée ».

Les hacktivistes du « bidouillage » électro-informatique qui (ré)animent les « médias zombies » et s’opposent aux pratiques consuméristes du remplacement constant des artefacts du numérique dont l’« immatérialité » est avant tout un slogan-écran, ne sont pas éloignés des enfants résistants de la comète cyberpunk et des défenseurs du logiciel libre. Dans cette perspective, les objets médiarchéologiques nous apparaissent, de facto, comme potentiellement bien plus ouverts que les plate-formes propriétaires et les derniers modèles de techno produits toujours plus performants et toujours moins durables.

Avec Media Memories, Transcultures propose, dans les différents espaces du Château Gilson, une sélection d’œuvres qui partent d’un médium pré digital pour, selon le projet, le détourner, le révéler, le déconstruire, l’abstraire…pour le rappeler à la vie.

Avec sa sculpture de bandes magnétiques Happy Monster Tapes, le plasticien/designer audio bruxellois Colin Ponthot redonne vie à des centaines de cassettes d’anonymes trouvées auxquels le visiteur peut redonner voix via des têtes de lecture.

Dans sa création Mermedia, Valkiri (architecte de formation et créateur sonore français) prolonge son détournement d’objets électroniques (hardware hacking, circuit bending[5]) et l’algorithmique qui lui a permis de développer une réflexion sur la place de l’homme à notre époque, sur l’autonomisation des machines, et des relations qui les unissent avec une création audio environementale qui nous invitent à la détente.

Maïa Blondeau (musicienne française et étudiante en arts numériques à l’école des arts visuels de Mons Arts2) récupère des appareils électroniques abadonnés pour en faire une sculpture productrice de boucles audio machiniques.

Helga Dejaegher (jeune plasticienne et artiste interdisciplinaire belge originaire de La Louvière) inaugure, à cette occasion, sa série audio vidéo Paysage magnétique où elle continue de questionner, cette fois partant d’une cassette audio usée, la frontière entre réalité et abstraction, apparence et intimité.

Ces projets (créés ou réadaptés pour ARTour 2019) dans leurs différentes approches et esthétiques qui utilisent la négativité de l’analogique et ses défauts si attachants, à l’opposé de la positivité lisse du « beau numérique »[6], ne sont pas que des hommages vivants à ces « machines mortes ». Ils véhiculent leur propre « sensorium »[7], questionnent nos inter/médialités contemporaines et ravivent nos mémoires internes.

En associant créativement récupération et transmission, en intégrant les accidents, les rebuts à des dispositifs bricolo/techno/électro ludiques et/ou poétiques, ils sont les emblèmes d’une joyeuse tribu hétéroclite qui s’érige, avec une liberté insolente, contre l’amnésie et la superficialité glacée de notre ère du vide hyper communicant.

 

[1] Marshall McLuhan, The Medium and the Light: Reflections on Religion and Media, Wipf and Stock Publishers, 2010, p.139.
[2] Marshall McLuhan, Pour comprendre les médias (les prolongements technologiques de l’homme), Editions HMH, 1970, p. 21.
[3] « Là où l’histoire des média s’attache à rendre compte de la succession qui voit des « nouveaux média » remplacer les anciens, l’archéologie des média creuse dans les couches profondes d’où peuvent émerger des nouveautés cachées dans l’ancien, ainsi que les présences souterraines de l’ancien dans le nouveau. En plus de s’intéresser aux bizarreries, aux curiosités, aux avortons qu’écrasent les récits triomphalistes du progrès technique, l’archéologie des média questionne obstinément la matérialité des appareils qui, depuis des millénaires, nous permettent d’enregistrer, transmettre et traiter les données sensibles et informationnelles offertes à notre attention ». in Jussi Parikka, Qu’est-ce que l’archéologie des médias ?, UGA éditions, 2017, note de présentation au dos de la couverture.
[4] Ibid. p. 169.
[5] Le circuit bending – terme inventé par le musicien et expérimentateur nord-américain Reed Ghazala aux débuts des années 90 – désigne un ensemble de pratiques (re)créatives, ludiques ou/et expérimentales qui consiste à démonter des instruments électroniques (jouets, synthétiseurs bon marché,…) ou/et à modifier des circuits et composantes électroniques, pour leur donner d’autres possibilités (notamment sonores).
[6] Comme l’analyse, de manière critique, le philosophe Byung-Chul Han dans Sauvons le beau, l’esthétique à l’ère numérique (Actes sud, 2016) : « Le Beau, tel qu’il se conçoit aujourd’hui (aussi bien pour les smartphones que les oeuvres d’art en elles-mêmes ou la personne humaine avec le diktat de l’épilation par exemple), est d’abord lisse, sans marque de fabrique, sans trace, comme incréés. Le lisse, c’est l’absence de profondeur car l’image qui est renvoyée n’est autre que celle du spectateur, dans une mise en scène de la vacuité et de la gratuité du geste artistique, par là même nié ».
[7] La somme des perceptions d’un organisme et les interactions des différents sens et pour Marshall McLuhan, l’effet des médias sur nos sens, influençant la manière que nous avons de percevoir notre environnement.

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