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Transnumériques #4 – Connectic’Arts – Transonic #1 – Entretien avec Gauthier Keyaerts

Transnumériques #4 – Connectic’Arts – Transonic #1 – Entretien avec Gauthier Keyaerts

Gauthier Keyaerts, Dj et musicien éclectro fête la sortie de son album Fragments #37-43, sous le nouveau label transonic ce samedi 02 juin à 20h à la Maison du Peuple de Saint-Gilles lors de la soirée Transonic #1.

Interview de Philippe Franck.

Vous sortez un nouvel album sous le nom de The Aktivist (un pseudo qui vous convient bien !) qui sera présenté a la soirée Transonic#1 à la Maison du Peuple, avec également des invités de marque (dont Benjamin Lew sans doute un des pionniers des musiques électro-impressionnistes en Belgique) lors de Connectic’arts. Qu’est ce qui caractérise ce projet?

Gauthier Keyaerts : The Aktivist me permet d’exprimer d’explorer d’autres pistes que celles empruntées via mes projets précédents : Bump’n’Grind (BNG) et Very Mash’ta (plusieurs CDs sortis chez Sub Rosa – NDLR). Le premier – un duo – lorgnait vers les « dancefloor », mais de manière accidentée et libre, l’autre s’amuse à pratiquer l’audio-collage sans frontières: du plus expérimental à l’electro-freak-funk, en passant par le hip-hop et des bribes de rock psychédélique. Je pense que The Aktivist présente certainement plus un message intimiste, mon écoute et ma perception du monde, des matières sonores, etc. Cette approche m’a donné l’envie de rendre mon son plus « concret », et de me lancer dans l’installation matinée de poésie, sans véritable surenchère technologique.

Vous êtes musicien depuis une vingtaine d’années mais aussi grand amateur de cinéma et plus récemment vous avez commencé a réaliser des installations sonores et plastiques. Dans ces Transnumeriques#4, vous vous êtes également produit en performance avec le vidéaste Thomas Israël. Comment ces dimensions, matières et pratiques sonores et visuelles se complètent elles dans votre travail ?

G: Je suis un « synesthésiste »! Le son, les couleurs ou encore une image peuvent m’inspirer une sensation physique, une matière naturelle ou un sentiment une mélodie, etc. Je suis toujours dans une sorte d’état d' »hyperstimulation », et je ne masque pas mon émotif. Je tente de vivre les choses dans leur « complexité », sans trop me préoccuper des limites perceptives. C’est risqué, dangereux parfois, mais je pense que cette dérive volontaire et contrôlée sur l’océan des sons, des images, des matières et sentiments en vaut la peine. J’ai l’impression que plus « je me laisse aller », plus je me recentre, quasi dans une acception thérapeutique! En fait, je suis incapable de dissocier images / sons / ressenti des sens / environnement,…

En tant que journaliste et observateur des cultures électroniques et numériques, comment percevez-vous leurs récents développement ?

G: J’ai l’impression qu’il y a actuellement un double mouvement. D’une part une fascination pour les systèmes artistiques pluridisciplinaires reposant sur le numérique, trop peut-être d’ailleurs. En même temps, les musiques électroniques exploratrices (même à un degré léger) sont désavouées. Après un boum énorme lors des 90’s, faisant suite à la percée auprès du grand public vers la fin des années 1970 (les retombées radioactives), puis la montée en puissance grâce à l’usage du sampler et des musiques « citadines », renforcée par l’explosion – notamment – provoquée par les pères fondateurs du son de Detroit, Chicago, etc., poursuivie par l’apparition de la « freetronica » / IDM / electronica, et le grand mélange de toutes ces influences au cours des années 1990 au cœur même de l’indépendant… Le soufflé est retombé ! Les clubs passent à nouveau toutes les variantes de 4/4, les soirées urbaines ont remplacé le dub et ses rejetons digitaux pas le dubstep et autres musiques finalement fort influencées par des labels – déjà anciens. Tout ce qui ne rentre pas dans ce moule précis, « clubber », n’a plus vraiment de place. Mis à part le mouvement « noise », très solidaire, et qui a créé son propre réseau. On pourrait peut-être l’assimiler à ce que fut la vague hardcore fin des années 1980, courant des années 1990. Ce courant avait son propre réseau, et créait ses proposes festivals. Mais il y a toujours des talents à découvrir et à soutenir, c’est aussi pour tous ceux qui échappent au radar médiatique et publique que nous avons lancé ce projet de label Transonic produit par Transcultures.

Gauthier Keyaerts

Journaliste/ Musicien (Installations, musiques de film, performances, ateliers sonores,…)