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Brussels Drone Day – une journée sous le signe du drone | interview

Brussels Drone Day – une journée sous le signe du drone | interview

Le 26 mai, le drone résonne sous toutes ses formes sonores, aux quatre coins du monde lors de l’événement fédérateur Drone Day et c’est tout naturellement que Bruxelles, terre promise des musiques expérimentales et des étendues sonores, apporte sa pierre à cet édifice internationaliste.

Six artistes atypiques entreront en dialogue à travers le drone, qu’ils explorent, chacun à leur manière, en solo, en duo, en trio et en symbiose finale, lors d’une après-midi conviviale au Studio Thor.

Dans un objectif de découverte et d’ouverture, les spectateurs sont invités à plonger dans une écoute du drone, dans sa pratique élargie, aux rythmes des appropriations et explorations des musiciens : Unda/Isa Belle & Ariane Chesaux arianechesaux.com (bols chantants, gongs, violoncelle et drone acoustique), Paradise Now (le projet sonore solo de Philippe Franck alliant guitare et voix aux matières électroniques), Frédéric Becker (entre instruments à vent et électro), avec son nouveau projet Bimiyoji, Louis Favre (de Gratitude trio, ici en solo aux claviers, voix et percussions acoustiques) et de l’artisan Giovanni Fortenio (avec ses céramiques productrices de résonances).

Explications de cette manifestation/célébration avec deux de ses initiateurs, Ariane Chesaux (cheville ouvrière de l’association Voyage Sonore) et Philippe Franck (directeur artistique de Transcultures et de l’alter label Transonic).

Interview

En quoi consiste un son drone ? Comment le décririez-vous et comment l’intégrez-vous dans votre pratique sonore ?

Ariane Chesaux : Un drone est composé d’une texture de sons denses et profonds.  Sans rythme, il est un élément d’une musique qui englobe. Depuis longtemps, dans ma recherche sonore personnelle, je cherche à en produire avec mon gong.  Au lieu de le frapper, je le frotte. Ainsi, toutes ses harmoniques et tout son sceptre peuvent s’exprimer sans heurts. Les bols en cristal et les bols chantants donnent aussi cette possibilité.

Philippe Franck : Le drone est un son long avec peu de variation que l’on retrouve dans différentes traditions musicales (avec des instruments qui peuvent y être dédiés comme la tambura en Inde, le didgeridoo en Australie ou encore le jeu de cornemuse du Pilbroch en Ecosse ou de la note basse tenue appelée Ison dans le chant byzantin ou la note basse qui perdure au Moyen-Age, jusqu’au minimalisme des années 60 avec La Monte Young, Phill Niblock et aujourd’hui l’utilisation du drone dans la musique électronique expérimentale ou encore le drone métal).

Ce « faux bourdon » (traduction de l’anglais) relie souvent, jusqu’à peut-être plus récemment, sans se mettre en avant et traverse divers genres, différentes cultures pour créer un effet harmonique, envoûtant, obsédant, grave…sur l’auditeur.

Dans ma pratique sonore, j’intègre régulièrement des éléments répétitifs, des notes longues que ce soit de manière électronique ou avec la guitare, la voix et même les bols chantants qui s’intègrent à d’autres éléments dans différentes formes cinématiques ou même (post)pop.

 

La particularité de cet événement semble venir de la diversité de ses participants.  Comment est née cette collaboration artistique ? 

A.C. : L’organisation mondiale du Drone Day née, au Canada, 2012 sous l’impulsion de Marie Claire LeBlanc Flanagan et de son association WyrdArts Initiatives (Canada) m’a motivé à proposer un nouvel événement à Bruxelles qui s’appuie sur des rencontres sonores. Le concrétiser à plusieurs est venu naturellement. Aucun des participants sollicités pour ce premier Brussels Drone Day n’a jamais joué ensemble mais chacun a joué avec l’un ou l’autre d’entre nous. Nous avons une certaine connaissance des uns et des autres et une envie de se découvrir, de créer la rencontre entre nos univers mais aussi avec le public.  Puis c’est l’occasion de réunir des personnalités qui ont chacune leur propres univers et ensemble la même recherche de l’alignement,  de l’écoute, un désir de magie dans le quotidien. Giovanni  Fortenio – artisan céramiste sarde basé à Bruxelles – m’a contacté en automne pour que je fasse sonner certaines de ses céramiques.  Avec le percussionniste Louis Favre, nous avons improvisé l’an passé. Avec Fred Becker qui présentera lors du Brussels Drone Day son nouveau projet Bimiyoji, alliant flutes et électronique, nous nous sommes rencontrés en jouant autour d’un violoncelle. Avec Isa Belle qui joue également des bols chantants et des gongs, nous échangeons et jouons régulièrement ensemble notamment au sein du projet Unda présenté lors du festival City Sonic 2017 ; elle même collabore, depuis une bonne dizaine d’années, avec son complice Paradise Now. Voilà pour un fil, il y en a d’autres mais les rencontres sont ici motrices.

Ph. F : Quand Ariane Chesaux m’a proposé récemment la co-organisation avec Transcultures de ce premier Brussels Drone Day ainsi que la participation en tant que « Paradise Now » aux performances sonores qui le composent, j’ai répondu tout de suite de manière enthousiaste car il me semblait que le « drone » sonore (aujourd’hui, on pense tout de suite d’avantage aux aéronefs pilotés à distance) était un lien important et intéressant entre différentes esthétiques et pratiques sonores qui résonne aussi avec l’implication de Transcultures les divers champs du « sound art » et notre festival international annuel City Sonic (depuis 2003).

En tant que créateur audio à géométrie variable (entre musiques appliquées pour spectacles, expositions ou vidéos, formule plus post rock ou encore des collaborations avec des musiciens électroniques et des poètes), cela me donne aussi l’occasion de revisiter certaines pièces en solo sous cet angle particulier puis en fin d’événement, d’improviser avec d’autres musiciens de qualité proposés par Ariane.

A quel genre d’expérience allons-nous prendre part avec ce premier Brussels Drone Day ce 26 mai ?

A.C. : A une première, avec toute la fraîcheur et l’attention que cela implique. Cet événement particulier nous invite à une rencontre d’écoute, de présence dans l’instant, d’univers musicaux qui se rencontrent et se laissent parler, à une écoute assise ou couchée.

Ph. F : Le drone quand il est bien distillé a ce pouvoir d’immersion mais aussi d’envoutement et je suis très curieux de vivre moi même dans cette constellation sonore singulière. Cette sensation très sensorielle peut être ressentie par le public invité ici à une expérience d’écoute profonde. Nous avons aussi voulu avec Ariane que cet événement soit intime et convivial. Tous les participants se retrouvent dans le même espace d’un beau studio de danse (merci à la compagnie Thor dirigé par le chorégraphe Thierry Smits dont on connaît l’intérêt pour les musiques expérimentales dans ses spectacles, de Noise Makers Fifes à Tuxedo Moon) et sont conviés à la fin du voyage aux paysages contrastés de deux heures passant d’un univers à l’autre sans interruption, à trinquer avec de délicieux ‘élixirs » mélanges de différents fruits, plantes et épices bio conçus par Ariane et Isa Belle. Cela fait partie aussi de notre manière de concevoir l’expérience de ce type de rencontre artistique inédite, à l’inverse des concerts formatés auxquels n’échappent pas la musique aujourd’hui.

Quels sont les maîtres mots d’une telle rencontre transonique ?

A.C. : Magie, minimalisme, espace, paysages sonores, rêveries, méditation…

Ph. F : Egalement immersion/ « immerson », écoute active, « explorason » intérieure, frottements/entrelacements, vibrations partagées, sonic trip…

Pour Transcultures 2018
Propos recueillis par Joanna Godet

Production

Partenariat Voyage sonore – Transcultures

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